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Histoires de chasse
Les palombes de maître Ralombe
J’ai bien connu Maître Ralombe.
Un peu « pièce rapportée » dans un grand bureau que l’homme des bois
qu’il était resté avait transformé en salle de trophée, il était au
surplus atteint d’une maladie incurable, mais d’une maladie heureuse,
celle qui réunit généralement les personnes de sexe masculin tout le
long de la chaîne des Pyrénées, et qui porte le jolie nom de palombite.
Dès les premiers jours d’octobre, cet homme devenait autre. Quand nous
rentriez dans son bureau, il avait l’air absent, le regard quasi fixé
sur le drapeau qui flottait au dessus de la Préfecture en face de son
bureau dans sa petite ville de province. C’est que ce drapeau était sa
station météo, car il n’avait guère confiance en la météo officielle,
car disait-il aux mains des écolos tant elle l’induisait en erreur, lui
annonçant du vent du sud lorsqu’il allait faire nord. C’est donc le
drapeau tricolore qui lui donnait avec précision le sens du vent, mais
aussi sa force, et cela lui disait si les palombes allaient passer.
Au mois d’octobre, Me Ralombe prenait une semaine de congé, mais cela ne
suffisait pas. Aussi, il avait une technique bien éprouvée. Tout le long
de ce mois, sa tenue était à l’identique : pantalon en velours de
couleur marron, chemise et cravate verte, veste de même couleur, et il
arrivait à l’étude avec son éternel loden et son chapeau de même étoffe,
accompagné de son setter qui, le mois durant avait droit aux douceurs
d’un tapis que toutefois il ne semblait apprécier que moyennement.
Maître et chien étaient ailleurs. Et cette tactique consistait pour Me
Ralombe à ne prendre, durant ce mois, les rendez-vous qu’à partir de
11h, si vraiment il y était obligé, mais de préférence l’après-midi,
quitte à rester tard le soir.
Car au lever du jour, Maître Ralombe était au poste. Au poste, oui, mais
lissez non à l’étude, mais à l’ «espère », dans les bois, guettant le
vent et les … palombes.
Car, si le vent du nord, condition nécessaire pour le passage des
palombes, ne donnait pas, il partait au bureau sans avoir besoin de se
changer. Si, au contraire, le vent du nord donnait et qu’un vol de
palombe s’annonçait, il chassait, et l’homme était heureux.
Mais quand s’annonçait l’heure du 1er rendez-vous, le dilemme était
affreux, et le portable à l’époque n’existait pas.
Il arriva qu’un jour de grand passage, il était à son activité (lisez
encore et bien entendu : à la palombe), mais se souvenait qu’il avait un
rendez-vous avec une cliente qu’il connaissait bien, mais dont il savait
l’affaire peu urgente.
Il passa la journée à la palombe.
Le soir, il téléphona à sa secrétaire qu’il avait bien « éduquée ». La
jeune fille savait qu’il fallait dans un tel cas, dire au client que Me
Ralombe avait été appelé d’urgence à l’hôpital pour prendre les
dernières volontés d’un mourant. C’est ce qui passait le mieux.
La secrétaire lui expliqua que la cliente ne l’avait pas bien pris, et
que, vent ou pas vent, elle avait dû lui donner rendez-vous pour le
lendemain 9h. Fort heureusement, le lendemain il n’y avait pas de
tramontane, et Me Ralombe était au rendez-vous.
Après avoir présenté ses excuses à la veille dame, cette dernière qui ne
le connaissait que trop, lui demanda s’il se «fichait » d’elle.
« Car je sais très bien où vous étiez hier, maître, avec ce vent. A la
chasse ».
Évidemment, il n’y avait rien à ajouter.
Mais la veille dame, elle, continua : «si au moins vous m’aviez porté 2
ou 3 pigeons –elle ne connaissait guère le nom de palombe ou ramier-, je
vous aurais pardonné»
« C’est entendu, répondit l’homme, je pense à vous dès ma prochaine
chasse, mais en attendant passez me prendre à midi, car pour me faire
pardonnez, n’ayant pas de palombe sur moi, je vous invite au restaurant
».
La veille dame accepta, et que croyez-vous qu’ils prirent comme plat :
mais des pigeons aux petits pois, bien entendu.
Et Mr Ralombe ne manqua plus jamais un rendez-vous avec une cliente
aussi sympathique. Mais il … en manqua d’autres.
Réformateur |
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