Bonjour à tous et à toutes (…),
en tant que technicien agroforestier, je me permets de participer à ce débat en essayent de vous apporter quelques éléments de réponse et de réflexion. L'agroforesterie est une pratique pluriséculaire, dont les premiers exemples en terre de France (Gaule…) ont été décrits par les agronomes de Jules César en 58 av. JC. Des nombreux exemples existent aujourd’hui en France sous forme d’agroforesterie traditionnelle, dont les pré-vergers (140.000 ha) constituent la pratique majoritaire (mais on pourrait aussi évoquer les noyeraies à céréales du Dauphiné et d’autres encore…). L’agroforesterie moderne nait au début des années ’70 (Claude Jollet, Charente Maritime, est considéré le pionnier de cette nouvelle technique) et se caractérise principalement par des aménagements totalement mécanisables et par des rendements globaux (Bois et production culturale) supérieurs aux respectifs assolements. Plus de trente années de recherche ont permis d’aboutir à la conception de systèmes agroforestiers qui réconcilient diversité, production, services (Ex. ATTRAITS CYNEGETIQUES…) et durabilité. L’agroforesterie moderne a aujourd’hui laissé la place à l’agroforesterie dite « de deuxième génération » dont le fonctionnement se rapproche progressivement d’écosystèmes naturels et gagnent en autonomie. Le travail du sol et l’utilisation d’intrants chimiques diminuent peu à peu sans que le rendement agricole n’en pâtisse pas. La rentabilité et la durabilité augmentent. Avec une densité de 50 arbres/ha et des espacements entre les lignes d’au moins deux fois la hauteurs des arbres adultes, il est possible de cultiver jusqu’à la récolte des arbres en maintenant le rendement à l’hectare pendant les ¾ de la durée de la révolution de l’arbre. La dernière année avant récolte des arbres, le rendement agricole est encore de 80% du rendement initial. Le capital dégagé par la coupe des arbres dépasse largement les pertes cumulées liées à la baisse de la productivité des cultures. Cette baisse du rendement est liée principalement à deux facteurs : réduction du rayonnement incident sur les cultures et perte de surface, du fait de la présence des arbres et d’une bande enherbée (-5 a -10% surface cultivable).
On évoque souvent le problème de la compétition racinaire : les études effectuées par Christian Dupraz de l’UMR de l’INRA de Montpellier montrent clairement que il n’y a pas de compétition entre arbres et les cultures, que ce soit pour l’eau ou les nutriments minéraux (je suis prêt à argumenter plus en détail si nécessaire). Au contraire, la présence des arbres limite l’évapotranspiration des cultures et la déshydratation du sol (phénomène de « l’ascenseur hydraulique » et « effet ombrière »), et donc en année sèche, l’arbre facilite la bonne croissance des céréales. Avant de conclure, je voudrais revenir sur la question principale : l’agroforesterie et chasse. Il existe une multitude d’agroforesteries, car les arbres ont leur place au cœur de tout type de production et de projet d’exploitation: grandes cultures, productions fourragères, élevage avicole, ovin, porcin ou bovin, viticulture. A la limite, chaque agriculteur est libre d’inventer sa propre agroforesterie, en accord avec ses pratiques. Parmi ces pratiques, la chasse est parfois considérée par l’agriculteur ou par la collectivité, comme un objectif à part entier (et à juste titre). Les arbres, les arbustes, les espèces herbacées de la bande enherbée, sont donc choisis et agencés de façon à favoriser la présence du gibier. Pour être clair, dans une parcelle agroforestière, le vrai problème n’est pas tellement l’absence de faune sauvage, souvent le vrai problème est lié une excessive abondance de cette dernière (d’où l’intérêt des protections individuelles pour protéger les jeunes plants). J’espère avoir contribué positivement à votre débat et je vous invite à visiter le site de l’association française d’agroforesterie (http://www.agroforesterie.fr).
Bonne continuation de débat,
Ori Daniele