Bonsoir,
Bonsoir,
Je comprend tout à fait lorsque l'on parle de cet attachement.
Pour ma part j'ai eu la chance d'entendre parler le corse dès mon plus jeune âge en famille, au village et dans mon entourage, et, de ce fait, d'acquérir une connaissance de la langue qui me permet aujourd'hui de la comprendre et de la parler.
Malheureusement celle-ci se perd, même si l'apprentissage du corse est obligatoire jusqu'au bac (nous présentons même une épreuve de "langue et culture corse"). Les jeunes d'aujourd'hui n'ont presque plus la chance d'entendre parler les anciens. Et, forcément, ils ne baignent plus dans l'ambiance que nous avons connu.
Une chose est sûr, je ferais en sorte de ne pas faire cette erreur avec mes enfants (c'est en projet!)
Effectivement, j'envisage de leur inculquer les valeurs que l'on m'a apprise, car plus qu'une langue, elle raconte l'histoire d'un peuple, d'une nation, dont faisaient et font encore parties nos familles.
Concernant les sports, je ne suis pas très douée sur le sujet. Car je l'avoue, hormis les activités "modernes" adaptées aux femmes comme l'équitation, la gym-fitness, je ne pratique pas! (rires)
Un jeu en revanche, qui se pratique en corse: "a mora" qui consiste à compter à deux sur les doigts. Chacun brandit son poing puis annonce un chiffre compris entre 1 et 10 tout en levant un certain nombre de doigts. Si le nombre de doigts total (des deux personnes) correspond au chiffre annoncé oralement, c'est 1 point pour l'annonceur.
Je ne sais pas si mon explication est clair. Mais ce dont je suis sur c'est que ce n'est pas un jeu pour moi! (rires)
En effet, je réfléchis trop et c'est trop rapide!
Ce sont les hommes qui le pratiquent en général, et c'est quelque chose de fort car le jeu est accompagné d'expressions et surtout de cris pour intimider son adversaire.
Par ailleurs, le chant est sacré chez nous. Comme on a l'habitude de le dire, il est le reflet et l'expression de l'âme.
J'ai connu au village des soirées où l'on chantait sur la place, ou en allant ramasser les oeufs, ou donner à manger aux cochons.
Les bals de villages résonnaient encore comme des bals festifs ou l'on chantait, riait, dansait sur des airs entraînants que tout le monde connaissait.
A l'heure actuelle on commence à trouver des sonos et des dj's partout avec leur "house music"... C'est d'ailleurs pour cela que je fuis ce genre de "manifestations".
Alors je m'en remets aux souvenirs en repensant aux "nanne" (aux berceuses de mon arrière grand-mère décédée fin 2011 et pour qui la musique faisait partie du quotidien)...
Je lui ai d'ailleurs fait la promesse de les partager avec ceux à venir.
Heureusement, malgré le temps, le chant a tout de même survécu: on chante encore!
La musique a certes évolué, mais elle garde une authentique sincérité.
Il nous reste quelques adeptes de ce que l'on appelle le "chjam'è rispondi" qui met en scène des interprètes vigoureux, fougueux, qui tentent de séduire, par le biais de rimes et de vers le public, ou ses "concurrents". Ils se renvoient donc, chacun leur tour, des propos "en chansons" généralement satiriques, voir même sarcastiques (toujours dans l'humour et la bonne humeur!)
C'est d'ailleurs pour ce genre de choses qu'il faut perpétuer au mieux la langue corse, car elles sont menacées par le déclin de cette dernière...
Les coutumes, c'est un sujet tellement vaste! Et il y en a tellement...
Alors par facilité, je parlerais du vendredi saint (car c'était il y a encore quelques jours), où nous avons commémorer la terrible souffrance de Jésus: son chemin de croix.
A partir de 21 heures, dans toutes les villes et villages, et nottamment à Sartène (qui est le plus connu et le plus impressionnant: "le catenacciu"), la ville revit la passion du Christ durant la procession.
Chaque fenêtre d'habitation accueille une bougie qui se consumera durant la nuit.
Utiliser le terme "revivre" est exact: un pénitent rouge (le Christ venant d'être jugé), chaînes aux pieds, porte une lourde croix et s'apprête à effectuer un parcours de 1,8 km. Le pénitent rouge est toujours suivi d'un pénitent blanc (qui l'aidera, plus tard, à porter la croix) et de huit pénitents noirs qui représentent les juifs (tous accomplissent le chemin de croix pieds nus).
On note la présence de plusieurs confréries qui entonnent avec la foule le "Perdono, mio Dio" poignant.
La question que tout le monde se pose est la suivante: "quel pêché cet homme (le pénitent rouge) a-t-il commis et doit-il se faire pardonner pour se charger ainsi de la croix?"
Ce qu'il faut savoir, c'est que pour devenir pénitent, la liste d'attente est très longue. Certains attendent même jusqu'à 20 années!!! Ces hommes s'infligent la souffrance du Christ dans le but de demander pardon (d'expier). On peut donc penser aux pires des actes...
Vous l'avez bien compris, les pénitents restent donc dans l'anonymat, et personne ne sait qui se cache sous la tunique pourpre et sa cagoule (excepté le curé)... Ils avancent tristes et alourdis sous le poids et les balancements difficilement soutenables de la croix, l'épaule tuméfiée et les chevilles et genoux écorchés par les chaînes ( d'une 15aine de kg)et les chutes, les pieds déchirés par les pierres du chemin... La foule avance au gré de la sueur d'agonie et de ces chutes effrayantes du "condamné". Une immense pitié vous étreint le coeur et vous prenez alors conscience de l'horreur. Nous suivons le sillon dans le sol laissé par l'extrémité de la croix (qui pèse une 50aine de kilos)...
Enfin tout cela pour en venir à une seule et unique chose:
On prend conscience suite aux propos et interventions de chacun que ou que ce soit les traditions et les restes de patrimoine sont en train de s'étoffer pour mourir peu à peu.
Et moi j'ai pris la décision de me battre pour les perpétuer.
Parce-que je souhaite que mes enfants jouissent de ses valeurs et de ces choses magnifiques.