Écrevisses de Louisiane : le préfet de l’Indre sanctionné pour avoir voulu lutter contre une espèce invasive envahissante

Le tribunal administratif de Limoges a annulé un arrêté du préfet de l’Indre qui visait à endiguer la prolifération de l’écrevisse rouge de Louisiane par la collecte et la commercialisation. Une victoire judiciaire obtenue, entre autres, par la fédération départementale de pêche, ce qui ne manque pas de soulever quelques questions.
Le préfet tente le pragmatisme et se fait retoquer.
L’écrevisse rouge de Louisiane est un véritable fléau pour les milieux aquatiques. Présente dans l’Indre depuis 2007, elle modifie en profondeur la végétation des mares, déséquilibre la chaîne alimentaire locale et ne cesse d’étendre son territoire, notamment dans la Brenne.
Concrètement, elle détruit ce qu’elle colonise. Face à cette situation, le préfet de l’époque, Thibault Lanxade, avait pris le 3 mai 2024 un arrêté autorisant la capture de ces crustacés pour les orienter vers la transformation alimentaire ou la destruction pure et simple.
L’idée paraissait enfin être une mesure de bon sens. On attrape l’espèce envahissante, on la retire du milieu, on en fait éventuellement un produit commercialisable. Sauf que la méthode, visiblement, posait problème.
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La Fédération de l’Indre pour la pêche et la protection du milieu aquatique, accompagnée de l’association Indre Nature, a contesté l’arrêté devant le tribunal administratif de Limoges.
Leur argument principal tenait au risque de dispersion de l’espèce lors des opérations de piégeage et de transport, ainsi qu’à l’absence de consultation publique préalable.
Le tribunal leur a donné raison dans un jugement du 22 janvier 2026, rendu public récemment. Les magistrats ont estimé que l’arrêté avait une incidence environnementale évidente et qu’il aurait dû faire l’objet d’une participation citoyenne.
L’urgence invoquée par la préfecture n’a pas tenu, les juges relevant que l’écrevisse prospère dans le département depuis près de vingt ans.
Une fédération de pêche qui combat la lutte contre une espèce destructrice pour les milieux aquatiques.
C’est là que l’affaire devient intéressante. On parle d’une fédération dont la mission inclut la protection du milieu aquatique. Or, l’écrevisse rouge de Louisiane ravage précisément ces milieux.
Le préfet proposait de réduire la population de cette espèce invasive, et c’est la fédération de pêche qui s’y oppose. Forcément, on s’interroge.
Les associations mettaient en avant le fait que le piégeage par nasse manque de sélectivité et pourrait paradoxalement favoriser le développement de l’espèce ciblée. Elles plaidaient plutôt pour des mesures de restauration des milieux naturels.
Sur le plan juridique, leur raisonnement s’est avéré solide. Le parcours a d’ailleurs été long avec un premier référé-suspension rejeté le 16 juillet 2024 faute d’urgence caractérisée, avant qu’un examen au fond par trois magistrats aboutisse à l’annulation de l’arrêté pour procédure irrégulière.
L’État a été condamné à verser 1 800 euros de frais de justice aux requérants.
Reste la question de fond, qui demeure entière. L’écrevisse de Louisiane continue de proliférer dans l’Indre, et personne ne semble encore s’accorder sur la bonne manière de s’en débarrasser.
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