Sangliers : et si les agriculteurs étaient aussi responsables de leur prolifération?

Jeudi 22 octobre, à Vineuil, des agriculteurs de la Confédération paysanne et de la Coordination Rurale ont manifesté devant le siège de la Fédération des chasseurs de Loir-et-Cher. Ils dénoncent des dégâts de sangliers et de cervidés qui s’accumulent. Certains manifestants venus de Sologne ont même accusé la FDC de laisser pulluler le gibier au profit d’une chasse fortunée.
La scène se répète partout en France : à chaque champ retourné, le doigt se pointe vers les chasseurs. Mais les chasseurs sont-ils réellement les seuls responsables de ces dégâts?
Plus d’un million de sangliers prélevés et ce n’est pas assez.
Entre le 1er avril 2025 et le 31 mars 2026, 1 015 429 sangliers ont été prélevés en France selon l’OFB, contre 150 000 en 1990-1991. Pourtant, l’espèce progresse toujours et les dégâts agricoles atteignent 90 à 100 millions d’euros par an. Si les chasseurs n’ont jamais autant tiré, pourquoi le sanglier gagne-t-il encore du terrain?
Grandes plaines céréalières, le paradis du sanglier.
En quelques décennies, le remembrement a arraché des milliers de kilomètres de haies pour créer d’immenses parcelles d’un seul tenant. Dans ces paysages ouverts, le maïs devient souvent l’unique couvert à des kilomètres : un bloc continu de plus de deux mètres, impossible à chasser de juin à la récolte.
Les compagnies s’y installent tout l’été, et en sortent la nuit pour se servir dans les blés au stade laiteux ou retourner les prairies voisines à la recherche de vers et de larves.
Et on sait tous qu’une laie bien nourrie est plus féconde d’autant plus que les jeunes femelles qui se reproduisent de plus en plus tôt.
Les chasseurs, responsables modernes de consignes d’une autre époque?
Il y a quarante ans, le sanglier restait cantonné à quelques massifs forestiers.
Les consignes de tir étaient alors souvent protectrices, notamment envers les laies, pour préserver une espèce qui n’était pas aussi répandue.
Une gestion logique à l’époque, mais que la situation actuelle a rendue obsolète.
Aujourd’hui, les chasseurs ont largement changé de cap avec des prélèvements records, le tir des laies encouragé et des périodes de chasse allongées.
Les complices dont personne ne parle.
Le climat : des hivers doux et glandées plus fréquentes font survivre davantage de marcassins. Pour beaucoup de chercheurs, l’abondance de fruits forestiers reste le premier moteur de la reproduction.
L’urbanisation et les friches : les lotissements grignotent les territoires chassables, tandis que la déprise agricole multiplie les refuges.
Les contraintes sur la chasse : moins de chasseurs, des restrictions qui s’empilent et des militants antichasse qui perturbent parfois les battues.
Ces trois points sont des plaies pour les chasseurs qui veulent mener leur mission de régulation à bien mais pourtant, personne ne tente de leur faciliter la vie de ce côté là, sauf en cas de dégâts…
Il faut arrêter de chercher un coupable.
Dire « c’est la faute du maïs » est aussi réducteur que dire « c’est la faute des chasseurs » et il faut intégrer que les facteurs qui aident le sanglier à se développer sont multiples.
Le sanglier a en effet profité d’un alignement parfait pour proliférer : nourriture abondante, refuges multipliés, climat favorable et une gestion longtemps prudente.
La coopération, elle, paie. Depuis l’accord de mars 2023 entre l’État, la FNC et la profession agricole, les surfaces de cultures endommagées ont reculé de 28 % entre 2019 et 2025.
En Loir-et-Cher aussi, malgré la récente manifestation, la Coordination Rurale assure ne rien avoir contre les chasseurs, et les deux camps doivent se revoir prochainement.
C’est sans doute autour d’une table, plus que devant les grilles, à pointer du doigt les membres d’une fédération, que se trouvera la solution.
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