Dossier chasse Périscope Vivre pour chasser et chasser pour manger

Nous vivons dans un monde de plus en plus aseptisé dont notre nature humaine est tenue à l’écart. Nos amis sont de plus en plus virtuels. On vit et on meurt loin les uns des autres… On mange des haricots verts qui ont poussé de l’autre côté du monde et on sert à nos enfants des morceaux de viande emballés sous plastiques, élevés dans des fermes industrielles et tués dans des conditions indignes.



Conscients que le consommateur est le producteur par délégation, beaucoup se décident à faire des efforts pour changer leurs habitudes…

On privilégie le bio (tout en n’étant pas dupes car là aussi les grandes industries ont flairé le filon), on achète local en passant par des AMAPs (Associations pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne)…

Pour ma part, le dégout de l’élevage industriel était en train de faire de moi un végétarien… mais quelque chose ne me satisfaisait pas là dedans, car…

J’aime la viande, j’aime la cuisine, le terroir…

Ma mère m’a transmis les recettes de ses arrières grands-parents, les joies de la cueillette… Mon père m’apprit les plaisirs de la pêche et ceux de la chasse…

Mais ma vie de citadin m’en avait éloigné… et puis aussi d’autres problématiques liées à ma propre histoire.

Alors je me suis décidé à relier mon positionnement éthique à mes actes et c’est une des choses qui m’a amené à chasser.

Chasser !

Chasser… tuer donc… et y prendre plaisir. Une équation complexe à résoudre quand on ne l’a jamais fait.

Et c’est vrai que ceux qui n’ont jamais chassé ne comprennent que difficilement que ce n’est pas tuer qui est le plaisir. Que tuer est une responsabilité inhérente au fait de chasser.

Que c’est tout ce qu’il y a avant ce geste et tout ce qu’il y a après qui constitue le grand plaisir de la chasse. Et c’est notre rôle que de leur expliquer :

  • Le plaisir que l’on partage avec nos compagnons, avec nos chiens…
  • Le plaisir de la traque, celui de l’immersion dans la nature…
  • Celui du gibier, du vent, de la pluie, du soleil… des odeurs !
  • Celui de la convivialité, des repas, du partage…

C’est notre rôle de leur expliquer que tout nous reconnecte avec notre humanité dans la chasse.

Manger ! Et pas seulement se nourrir !

Quel plaisir de cuisiner, de partager cette nourriture que l’on est allé chercher au cœur de la nature. De retrouver nos origines de chasseurs-cueilleurs, nos instincts ancestraux !

Quel plaisir de transmettre, comme on nous a transmis, les plaisirs de la bouche, les recettes d’antan…Pour ma part, je cuisine le sanglier comme ma grand-mère l’a appris à ma mère, comme on le cuisinait depuis des lustres dans la campagne où elles sont nées…

Et je le cuisine aussi à ma manière, plus simple, plus moderne… au barbecue, en steak haché, à la plancha…

 Une alimentation à la fois ancestrale et moderne

La viande de gibier, contrairement à ce que l’on pense souvent, est particulièrement  saine, légère et délicate. Mariant diététique et gastronomie, elle entre en parfaite résonnance avec les nouveaux standards de nutrition… (modèle paléo, diète cétogène…)

Elle est proportionnellement moins grasse et plus protéinée que la viande issue de l’élevage. La viande de sanglier, par exemple, bien qu’étant la plus grasse parmi celle du gibier, l’est moins cependant que celle du poulet…

La viande de gibier est plus riche en sels minéraux nécessaires au bon développement de notre organisme. Ainsi la perdrix est championne de la teneur en phosphore (elle en contient même plus que le poisson). Le faisan, lui, est bourré de potassium. Et le lièvre contient plus de fer que l’épinard ! Egalement plus riche en magnésium, le gibier est cependant moins riche en sodium ce qui est une bonne chose pour nos artères.

 Et maintenant ?

Mon fils aujourd’hui ne mange plus de morceaux de viande dont il ignore la provenance. Il comprend que l’animal dont il est en train de se nourrir a donné sa vie pour cela.

Que nous lui avons pris, et que nous avons une responsabilité dans cela.

Et j’en suis fier.

Je suis fier de savoir que les animaux que je chasse ont vécu une vie de liberté, qu’ils n’ont pas été parqués, maltraités, qu’ils ont été libres jusqu’au moment de leur prélèvement.

Et je sais que, grâce à des prélèvements conscients, proportionnés, gérés et limités, et à mon éthique de chasse, je fais en sorte de réduire leurs souffrances au maximum.

Pour conclure

J’entends souvent opposer chasseurs et végétariens. Pourtant je partage beaucoup de l’avis de mes amis végétariens et une bonne part d’entre eux comprend mon positionnement. Nous avons le même constat, avec des solutions différentes…

Je vois aussi souvent (surtout sur les réseaux sociaux) opposer écologistes et chasseurs. Mais comme le souligne la nouvelle campagne de la FDC, nous sommes souvent et pouvons toujours être, les premiers écologistes de France.

Nous sommes chasseurs-cueilleurs et c’est là que sont les racines de notre humanité !

Pourtant la chasse comme tradition à préserver ne suffira pas comme argument pour la sauver. Si une tradition est mauvaise, il faut bien en changer… Et si la chasse doit vivre, ce n’est pas parce qu’elle a existé mais bien parce qu’elle a une place de choix dans le nouveau monde qui s’invente aujourd’hui.

Je suis convaincu que c’est en interrogeant nos pratiques, en étant capable de nous remettre en cause et en échangeant avec ceux qui ont d’autres points de vue (même si c’est parfois difficile) que nous serons capables d’inventer la chasse de demain.

Une grande éthique, le partage, l’ouverture d’esprit et le dialogue, voilà ce qui fera perdurer la chasse !

Car les joies qu’elle peut nous procurer, elles, ne s’estomperont pas !

Bonne chasse et bon appétit !

Mon enfance a baigné dans la chasse. J’ai vu mes aïeux chasser, mon père, mon oncle, mes grands-pères, leurs amis…. J’ai rechargé des cartouches en carton au coin du feu, j’ai regardé les adultes préparer le gibier, j’ai appris avec ma mère à le cuisiner. Passionné par le tir sportif, le ball-Trap, les armes, le monde animal, la botanique, la nature, les méthodes de survie « douce », le bushcraft … Toujours avide de formations et de découvertes, j’aime aller à la rencontre des autres et découvrir de nouvelles pratiques… c’est par éthique, conviction et passion que je chasse.

4 Commentaires

  1. Bonjour,
    J’ai lu avec grande attention votre article « vivre pour chasser et chasser pour manger » ainsi que votre biographie de chasseur qui ressemble beaucoup à la mienne. Je suis président d’une Association des Chasseurs de Grand Gibier d’un département du Grand Est, tous les 4 mois je publie un journal local pour les adhérents. J’aimerai avec votre autorisation y publier votre article dans la prochaine édition.
    Dans l’attente, je vous présente mes salutations distinguées.
    Christian MAHAUT
    Président AMCGG

  2. Superbe !
    Je peux confirmer que c’est ce type d’arguments qui a animé et incité de nombreux jeunes chasseurs ces dernières années. Chasser purement par tradition ne leur suffira pas, cette génération a besoin de remettre les mains dans la terre, de reprendre le contrôle de ce qui se trouve dans leur assiette sans intermédiaires (tout au moins quelques jours dans l’année) et le faire de manière durable en bon gestionnaire, tout bénéfice pour les biotopes ainsi protégés et la biodiversité. La réorganisation actuelle de la chasse Française va dans ce sens. L’accès des citoyens (certains) à une nourriture adéquate est un droit fondamental.
    Encore merci pour votre article et à disséminer rapidement !

    Un chasseur belge.

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