Dossier chasse Périscope Lapin de Garenne : comment bien repeupler ?

Alors que la saison cynégétique est terminée, il est temps de penser aux repeuplements en gibier, que ce soit à plume comme à poil. Et s’il est un animal que beaucoup de disciples de Saint Hubert espèrent revoir à son apogée, c’est bien notre « Jeannot » national. En effet, victime de la myxomatose depuis des décennies ainsi que du VHD, ce dernier, qui était jadis le fonds de chasse de presque tous les nemrods, a vu ses populations être décimées. Mais retrouver des populations n’est pas aisé et demande des connaissances ainsi que le choix de bonnes origines pour repeupler.



photo de lapin de garenneLes maladies, l’urbanisation, l’arrachage des haies et le remembrement ainsi que le refermement du milieu ont eu raison de celui que les scientifiques ont appelé Oryctolagus Cuniculus, notre lapin de garenne. L’espoir n’est pas perdu et l’on peut recréer de belles colonies. Retrousser ses manches et faire de bons choix sont alors payants. Et cela commence par la construction de garennes adaptées au milieu en utilisant les bons matériaux afin que les lapins lâchés y trouvent un cadre de vie idyllique pour s’y reproduire. Ainsi, construire une garenne artificielle sur un point haut est une des conditions sine qua non surtout quand on a l’intention de le faire en zones inondables !  Quel est alors le point commun entre cette dernière et l’eau que ce soit de pluie ou de crue ? C’est la gravité ! En effet, Il ne faut pas s’appeler Einstein pour comprendre que l’eau va s’écouler et donc  descendre dans les galeries noyant ainsi les occupants de ces dernières. Un bon repérage des lieux s’impose et il faut alors dénicher un promontoire adéquat et insensible aux caprices des flots afin d’y installer le futur HLM à lapins. Une grosse butte de terre fera très bien l’affaire pourvu qu’on dispose d’au moins 300 à 400 mètres carrés pour créer le parc et les futurs appartements avec une garenne principale et une ou deux satellites.

Ensuite, une fois l’endroit idyllique enfin trouvé, il faudra commencer à y placer des souches d’arbres afin de créer un méandre de racines, l’aide d’un tractopelle est alors indispensable afin de les placer judicieusement et surtout sans forcer afin de reconstituer un enchevêtrement de bois et de branches qui abriteront les futurs lapins ! L’expérience démontre qu’un amas de bois a toujours été profitable pour Maitre Jeannot ! La création d’une pièce centrale de cette future rabouillère est aussi indispensable, l’ajout d’un peu de luzerne lors de cette construction est un plus car cela facilitera l’alimentation des premiers jours des lapins introduits. Ces derniers sont souvent apeurés à la suite du voyage  pour la plupart du temps depuis l’Espagne et ne sortent pas les premiers jours, victimes de leur stress. Un complément alimentaire de cette manière facilite de fait l’adaptation à leur nouvelle implantation et leur permet une alimentation sans se sentir en danger. Attention à ne pas rajouter de la paille qui avec les souillures et les déjections de lapins deviendra vite un nid à parasitoses et autres maladies fatales à cette population introduite.

Comme tout le monde sait, l’ajout de palettes les unes sur les autres afin de créer un dédale de bois est une obligation et une logique de construction peu onéreuse. Mais afin d’assurer l’étanchéité de la garenne tout en assurant la respiration du milieu où seront les lapins, on y rajoute par dessus un toit fait de tôles dites « Onduline », sans amiante bien sûr pour la santé de tous, tout en respectant la pente.  Attention à ne pas poser de bâche plastique afin d’étanchéifier le tout car ce matériau à la réputation de garder l’humidité et d’étouffer le milieu en cas de forte chaleur. Et logiquement,  si c’est étanche, quand l’eau y est …elle y reste et stagne malheureusement. Cela implique alors que ce milieu d’eau stagnante devienne un vecteur de maladies et …de ponte de moustiques avec de forts risques de myxomatose. Le milieu doit donc  être sain en permanence : l’absence d’humidité dans la garenne est une condition de réussite.



Ensuite, il faudra créer des ouvertures dans ces garennes afin que les nouveaux venus puissent faire des va-et-vient sans aucun problème. L’utilisation de gouttières ou bien de tuyau PVC est une idée judicieuse et pratique  car le diamètre correspond pile poil à la taille des futurs habitants ! Un renfort par des chevrons sur les côtés évite un écrasement avec le poids de la terre. Une attention toute particulière doit être donnée afin qu’elles ne soient pas face aux vents dominants car le lapin craint les courants d’air. Observez une garenne naturelle et vous remarquerez alors que les rares ouvertures orientées vers ces vents dominants sont faites en dessous du niveau du sol, généralement un angle droit dès le départ est présent car cela casse l’effet de souffle.

Une fois tout cela terminé, il faudra alors recouvrir l’ensemble de terre afin de redonner un aspect presque naturel à la réalisation. L’aide précieuse d’un tractopelle encore une fois fait gagner beaucoup de temps et de forces dans le transport et l’étalement de cette couverture. Il faudra que son conducteur ait du doigté et de l’expérience avec son engin afin de ne pas écraser les palettes et réduire ainsi à néant ce qu’une journée a été nécessaire pour réaliser ce chef d’œuvre de construction !

Reste la partie clôture, son rôle est simplement d’empêcher les renards, les chiens ou tout autre gros prédateur de pénétrer. Un grillage style « grillage à brebis »  d’une hauteur de 1,40 mètre suffit à stopper les ardeurs de ces amateurs de lapins et permet de surcroît aux léporidés lâchés de sortir de l’enclos afin de coloniser la zone. C’est un peu le principe d’une volière à l’anglaise … mais pour lapin!

Enfin,  avant d’implanter la garenne, la dernière étape et pas la moindre est de purger le coin en sauvagine et autres croqueurs de longues oreilles que sont les renards, fouines et belettes. Les pièges devront avoir été mis en action au moins 1 mois avant de lâcher les lapins, ceci afin de limiter la prédation que représente renards, fouines et belettes. Le piégeur devra continuer après le lâcher de lapins bien sûr en privilégiant les cages-pièges en bordure de clôture du parc pour y attraper Maitre Goupil, ce dernier affectionnant de longer ces dernières espérant y trouver une ouverture.



Maintenant que les garennes principales et satellites sont réalisées, il ne reste plus qu’à lâcher les lapins dans ces dernières. Si le choix d’origine est varié avec l’Ecosse, l’Irlande, l’Espagne voire même la Fance, il vaut mieux s’orienter vers des individus de la péninsule ibérique. Pourquoi demanderez-vous ? L’origine du lapin de garenne est espagnole, mettre des individus ibères assure donc une pureté génétique parfaite. De plus, il a été remarqué une facilité d’adaptation de ces derniers remarquable et ce, dans tous les milieux. Enfin, les recherches menées par l’Institut Méditerranéen du Patrimoine Cynégétique et Faunistique ont prouvé que le lapin espagnol est moins sensible aux maladies. Jean-Claude Ricci, directeur scientifique de l’IMPCF, précise que « le lapin (espagnol) apparaît en moyenne moins sensible aux pathologies, que cela soit la VHD ou bien encore la myxomatose car il possède des anticorps spécifiques qui le rendent résistant à ces pathologies spécifiques et mortelles, cette protection naturelle est probablement issue de diversité génétique plus proche du lapin originel. En renforçant une population avec du lapin espagnol, on renforce en fait aussi son bouclier immunitaire par le biais de la génétique.

Devant une telle avalanche de qualités, il apparait évident de ne lâcher plus que du lapin espagnol sur les territoires qui en ont besoin. Mais il convient de gérer cette espèce de repeuplement avec attention en créant des garennes dignes de ce nom, protégées des crues, des caprices du temps et des différents prédateurs. Le piégeage est aussi primordial afin de limiter l’impact des renards friands de notre « Jeannot ». Quant au PMA, c’est aussi une orientation vers laquelle les chasseurs doivent aller pour ne pas abuser de la ressource. Mais attention à ne pas laisser l’espèce prospérer car les conséquences sont parfois dramatiques et surtout c’est un risque de conflit avec le monde agricole…déjà assez victime du sanglier !

 

 

 

 

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