Dossier chasse Trophées et récits Parce que ne pas tirer est aussi un acte de chasse,...

Voici un récit qui nous est parvenu de manière anonyme* mais que nous avons tenu à vous partager car il s’agit d’un superbe exemple de ce que vit le chasseur face à sa pratique de la chasse et à son éthique :

« Dernier dimanche avant Noël, je me réveille à l’aube, enveloppé par la fraîcheur de l’air du nord. Je m’habille rapidement et prends mon petit déjeuner, avec une bonne tasse de café, nécessaire pour me donner le courage de sortir par ce temps glacial.

L’heure tourne et mon camarade de chasse me signale qu’il préfère rester au chaud et je le comprend. Pourtant je prends mon fusil et mon sac à dos, et je descends vers la plaine où je compte chasser.


Je marche pendant environ une heure, admirant les paysages magnifiques qui m’entourent et la nature qui semble figée avec le froid qui s’est installé. Je finis par arriver à un petit bosquet où je sais que les lapins sont nombreux. Je m’approche doucement, en restant à couvert, et je laisse travailler mon braque allemand qui ne manque pas de se mettre à l’arrêt à peine sur les lieux.

Finalement, après un arrêt qui aura duré ce qui m’a semblé être une éternité, mon compagnon pénètre dans un petit roncier. Je lève mon fusil et tire, atteignant le lapin qui venait de démarrer suite à l’assaut de mon braque. Je me rapproche et récupère mon lapin, puis je continue ma chasse.

Le reste de la journée se passe de la même manière et les arrêts de mon chien son nombreux. Alors que je viens de prélever mon deuxième lapin et que la fin de la matinée approche, j’arrive dans un prés marécageux ou se trouvent de gros ronciers et une petite fosse. Je sais que les bécasses sont friandes de ce secteur et je décide donc d’aller y faire un tour avant de rentrer.

A plusieurs mètres du plus gros roncier, mon chien me fait déjà un arrêt remarquable et je me prépare donc à voir démarrer un lapin ou une bécasse gîtée dans les herbes bien avant les buissons.


Pourtant, le chien coule doucement vers le roncier et fait le tour de celui-ci avant de bourrer. De l’autre côté du roncier, un magnifique brocard a fait son apparition. En un seul bond il avait sauté depuis les hautes herbes et restait immobile, son regard posé sur moi.

Mon chien qui avait du prendre l’arrêt à l’odeur, était de nouveau à l’arrêt à l’opposé du brocard mais ne pouvait le voir à cause du roncier.

J’avais levé l’automatique, je savais que j’avais une bague dans ma poche et la suite des évènements était donc toute tracée. Pourtant, le brocard restait silencieux, il ne bougeait pas d’un millimètre. Nous étions tous les trois immobiles, le brocard, mon chien et moi le fusil pointé sur mon gibier. Le temps était comme suspendu et j’ai l’impression que plusieurs minutes se sont écoulées alors qu’en réalité tout cela n’a pu durer que 5 ou 10 secondes tout au plus.

Le doigt sur la détente, je restais là, face à ce chevreuil magnifique après lequel nous courons parfois des semaines entières sans parvenir à en approcher. Et puis, rapidement dans mon esprit les questions se sont bousculées.


Vais-je tirer? Ce serait un résultat mérité après une matinée dans le froid et la mise à mort fait partie de la chasse, mais tirer ainsi sur un brocard qui ne bouge pas…  Est-ce que c’est vraiment ça la chasse? Non ce n’est pas ma façon de voir la chasse…

Finalement, je baissais mon fusil et comme mon chien allait de nouveau partir en trombe pour faire démarrer le gibier qu’il pensait encore dans les fourrés, j’ai donné un éclat de voix pour laisser partir le brocard téméraire qui refusait jusque là de courir.

J’aurais pu simplement attendre qu’il démarre et le prélever en pleine course mais après ces quelques instants qui resteront gravés dans ma mémoire, cela avait-il encore un sens?

La chasse, c’est choisir de tirer ou de ne pas tirer et je suis persuadé que ce moment de chasse n’en est resté que plus beau d’avoir laissé partir cet animal magnifique sur lequel j’espère retomber dans d’autres circonstances. »


Si vous aussi vous avez une histoire à nous partager, n’hésitez pas à nous envoyer votre récit et vos photos par mail à [email protected]

*L’image est une photo d’illustration.

Chasseur autodidacte depuis 19 ans, j'ai appris à me former et m'informer seul. Ce besoin de connaissances du monde de la chasse conjugué à un esprit espiègle m'ont assez naturellement conduit au journalisme cynégétique

1 commentaire

  1. Bravo pour ce très beau témoignage. Bravo d’avoir choisi le texte plutôt que la vidéo. Quand les chasseurs montrent un tel visage fait de finesse et de retenue ils militent de la meilleure manière en faveur de leur passion. Je me permets d’ajouter que l’expérience qu’a vécue ce garçon n’est pas loin de ce que vivent des promeneurs , des naturalistes amateurs, des photographes et même (horresco referens) des gens sensibles à la cause écologique…

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