La scène est aussi étonnante qu’inédite. En Australie, des équipes spécialisées capturent actuellement des milliers de petits manchots sauvages afin de leur administrer un vaccin contre la grippe aviaire H5N1. Une opération particulièrement délicate, menée alors que le virus vient de faire son apparition au sein de la célèbre colonie de Phillip Island.
Le petit manchot, aussi appelé manchot pygmée, est l’une des espèces emblématiques de la faune australienne. À Phillip Island, au large de l’État de Victoria, la colonie peut atteindre plusieurs dizaines de milliers d’oiseaux. Chaque soir, les animaux regagnent leurs terriers après avoir passé la journée en mer, offrant un spectacle très populaire auprès des touristes.
Mais l’arrivée du H5N1 fait désormais peser une menace importante sur cette population. Un premier manchot de Phillip Island a été confirmé positif au virus à la mi-août et est mort de la maladie. Les autorités craignent que la vie en colonie et les nombreux contacts entre oiseaux favorisent une propagation rapide.
Une opération hors norme
Pour limiter les risques, les autorités du Victoria ont lancé une campagne de vaccination qui doit concerner jusqu’à 5 000 manchots à Phillip Island, auxquels peuvent s’ajouter 800 oiseaux à St Kilda, près de Melbourne. Le programme doit se poursuivre durant les mois d’août et septembre.
L’opération demande une organisation particulière. Les oiseaux sont interceptés lorsqu’ils reviennent de la mer et peuvent être dirigés vers de petits enclos. Ils sont ensuite examinés, pesés, vaccinés et identifiés avant d’être relâchés.
Et oui, les manchots sont bien micropucés. Phillip Island Nature Parks confirme que chaque oiseau pris en charge dans le cadre du programme peut recevoir une micropuce afin de permettre son identification et le suivi de la vaccination.
Cette identification est particulièrement importante puisque le protocole prévoit deux injections. La première vaccination est suivie d’un rappel environ 21 à 28 jours plus tard. Il faut donc réussir à retrouver une partie des mêmes oiseaux plusieurs semaines après leur première capture.
Jusqu’à 10 000 injections
Si 5 000 manchots reçoivent effectivement les deux doses prévues, cela représente à lui seul environ 10 000 injections sur des animaux totalement sauvages, auxquelles pourraient s’ajouter celles réalisées à St Kilda.
La tâche est considérable. Les équipes doivent éviter de perturber excessivement les oiseaux tout en étant capables d’identifier ceux qui ont déjà reçu leur première dose. Le fait que les petits manchots reviennent régulièrement dans les mêmes colonies et les mêmes terriers facilite toutefois le travail des spécialistes.
Au 24 août, environ 1 000 manchots avaient déjà reçu leur première dose à Phillip Island, selon ABC. La campagne est donc déjà largement engagée.
Un vaccin de Zoetis
Le vaccin utilisé n’est pas un produit développé spécifiquement pour les manchots. Il s’agit du Zoetis Avian Influenza (AI) H5N1 Killed Virus, un vaccin vétérinaire autorisé en Australie dans le cadre de la protection de certaines espèces aviaires rares, protégées ou présentant une valeur particulière.
Zoetis entretient par ailleurs des liens financiers avec la Fondation Bill & Melinda Gates dans le domaine de la santé animale. La fondation a notamment accordé 14 millions de dollars à l’initiative A.L.P.H.A. de Zoetis en 2017, puis 15,3 millions supplémentaires en 2023 pour sa prolongation. Ces programmes portent notamment sur les vaccins, les médicaments et les services vétérinaires, avec une place importante accordée aux volailles en Afrique.
Il serait toutefois abusif d’en déduire que ces financements ont directement servi à développer le vaccin H5N1 actuellement administré aux manchots australiens. Les sources disponibles établissent le financement de programmes de santé animale, mais pas ce lien précis.
Une première mondiale à très grande échelle
La vaccination d’animaux sauvages n’est pas totalement nouvelle, mais l’ampleur de cette opération est exceptionnelle. Les autorités australiennes la présentent comme l’un des plus importants programmes de vaccination jamais conduits sur une population d’oiseaux sauvages.
L’objectif n’est d’ailleurs pas de faire disparaître le H5N1. La vaccination doit surtout réduire les conséquences du virus sur une colonie considérée comme particulièrement vulnérable. Les autorités australiennes rappellent que le vaccin ne constitue qu’un outil parmi d’autres, avec la surveillance des populations, la biosécurité et le suivi sanitaire.
Pour ces petits manchots qui pèsent à peine plus d’un kilogramme et vivent en colonies très denses, les prochaines semaines seront donc décisives. Les équipes australiennes jouent une véritable course contre la montre pour tenter de protéger plusieurs milliers d’oiseaux avant que le virus ne puisse s’installer durablement dans la colonie.
















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