La question que beaucoup de Français se posent est : pourquoi y a-t-il autant de sangliers en ville ? Partout en France, de l’Est au Sud, en passant par le Nord et la Bretagne, des sangliers sont filmés ici et là en pleine zone urbaine. Des images que nous ne voyions pas il y a encore 15 ans de cela mais qui pourtant s’expliquent.
Sus scrofa, le nom latin du sanglier, est un animal qui s’adapte très facilement à presque toutes les situations, notamment grâce à sa robustesse. Alors qu’originellement sa place est en forêt, le sanglier a depuis quelques années quelque peu déplacé sa zone de vie de prédilection vers des milieux paradoxalement plus hostiles sur le papier : la ville.
Pour comprendre ce phénomène, il faut déjà mettre en perspective quelques chiffres, à commencer par le nombre de sangliers tués à la chasse. Alors qu’en 2012, il se tuait 526 709 sangliers précisément en France, nous sommes arrivés en 2025 à un tableau de chasse d’environ 900 000 bêtes, soit presque le double en à peine 10 ans, c’est colossal. Balayons tout de suite l’argument fallacieux consistant à dire qu’il existe des lâchers de sangliers…. Qui s’amuserait à l’heure d’aujourd’hui à payer pour lâcher des animaux qui sont présents en surnombre ? Personne. L’agrainage, allez-vous me dire ? Oui, il existe, mais aujourd’hui il est majoritairement fait dans un but dissuasif pour éviter les dégâts portés aux cultures, même si je ne dis pas que certaines chasses ne le font pas de manière abusive, cela reste marginal. Rappelons ici que chaque année le coût des dégâts de sangliers représente plus de 60 000 000 € d’euros, financé en grande partie par les chasseurs eux-mêmes, de quoi mettre en perspective donc ces fameux lâchers de sangliers….

Les raisons qui expliquent qu’il y a beaucoup plus de sangliers qu’avant
On a compris, il y a donc trop de sangliers en France, la question est donc pourquoi et surtout pourquoi autant de sangliers en ville, notre postulat de départ. Très clairement la population de sangliers a pour moi augmenté au début des années 2000. 3 facteurs clés en sont à l’origine.
Le premier est la tempête de décembre 1999 qui a créé pendant 1 ou 2 ans, voire plus à certains endroits, des zones inchassables et impénétrables pour l’homme qui sont devenues autant de zones de refuge et de quiétude pour les sangliers qui ont pu se reproduire à qui mieux mieux.
La seconde explication est le réchauffement climatique. Certes ce fameux réchauffement sorti à toutes les sauces a bon dos mais dans notre cas précis il est un facteur aggravant. En effet, il n’est nul besoin d’avoir un diplôme d’ingénieur en bioclimatique pour voir que les hivers sont de plus en plus doux. Il suffit de demander à votre grand-père, il vous dira combien ça « caillait » dans le temps, et surtout pas l’espace de 4 ou 5 jours mais plusieurs semaines. Qui dit froid dit surmortalité des jeunes sangliers, qui pour une proportion non marginale ne passaient pas l’hiver, ainsi va la dure loi de la nature. Aujourd’hui les températures ne sont plus si basses, les sols (que les sangliers fouillent à la recherche de racines dont ils raffolent) ne restent pas gelés longtemps et le réchauffement favorise la pousse de nombreux végétaux et de fagacées telles que les glands ou les châtaignes qui constituent une part importante de leur régime alimentaire.

De régime alimentaire il est question également quand on parle de maïs. Les bêtes noires s’en nourrissent là aussi copieusement et on peut dire qu’il n’en manque pas en France. Regardez du côté des Landes par exemple où les agriculteurs ne sont plus appelés des agriculteurs mais des « maïsculteurs ». Avec des surfaces de plusieurs centaines d’hectares de maïs d’un seul tenant ou le sangliers trouvent à profusion couvert et cache, comment voulez-vous chasser les sangliers ? C’est peine perdue pour les chasseurs à qui l’on demande pourtant des miracles en termes de réduction des populations, mais là est un autre débat.
Pourquoi les sangliers s’approchent des villes ?
Le sanglier est omnivore, il peut donc aussi bien manger des glands que manger un cadavre de chevreuil ou… faire les poubelles. Le but d’un animal sauvage dans sa vie est la recherche de nourriture et de tranquillité, c’est ainsi pour toutes les espèces, le sanglier ne déroge pas à cette règle.
Ici en Centre-Ville de Cosne sur Loire les sangliers se baladent
On estime qu’en France 70 % du territoire (en immense majorité privé) est théoriquement chassable, il ne l’est donc plus de fait sur 30 %. Ces 30 % restants sont à la fois des zones protégées, des zones rurales dont les propriétaires refusent la chasse, des zones de montagne inaccessibles (peu propices aux sangliers) ou alors les villes et leurs environs. Avec une démographie qui ne cesse de croître, la population française atteint bientôt 70 millions d’habitants faisant exploser à son tour le pourcentage de sol artificialisé dans le pays. En 40 ans par exemple cette surface a presque doublé passant de 2,9 millions à 5 millions d’hectares, toute inchassable ou presque.
Ainsi, la moindre friche, la moindre zone industrielle, le moindre parc, le moindre taillis au bas d’un immeuble, une haie ou même un rond-point deviennent des zones à la fois fertiles et tranquilles pour les sangliers qui explique qui il y a autant de sangliers en ville. Fertiles en termes de nourriture avec malheureusement des déchets qui traînent partout en ville, et tranquilles car aucun chasseur ne viendra les déloger de là. Le seul moyen de les y chasser est d’organiser des battues administratives (battues organisées par l’État via les préfectures) mais elles restent complexes à mettre en œuvre dès lors qu’on s’approche des villes.
Aujourd’hui, la solution est loin d’être trouvée et la gestion des sangliers par les maires, qu’ils soient ruraux ou urbains, est un véritable casse-tête. Loin des inepties et des rêves farfelus de stérilisation ou de décantonnement, la chasse reste le seul et unique moyen d’endiguer l’explosion de la population de sangliers en France. Mais sera-t-elle suffisante ? La question est posée.










![[Vidéo] Une petite compagnie de sangliers en balade dans les rues de Royat](https://www.chassepassion.net/wp-content/uploads/2026/03/sangliers-a-royat.webp)

4 réflexions sur « Pourquoi les sangliers s’approchent-ils des villes ? »
Votre analyse est juste, et votre situation illustre très bien le décalage qui existe aujourd’hui entre la réalité de terrain et la réponse administrative face à la prolifération du sanglier en zone urbanisée.
Pourquoi observe-t-on de plus en plus de sangliers en ville ?
Le phénomène n’a rien d’anecdotique ni de soudain. Il repose sur plusieurs facteurs cumulatifs, désormais bien documentés.
1. Une espèce extrêmement adaptable
Le sanglier possède une plasticité écologique exceptionnelle :
• omnivore opportuniste,
• reproduction rapide (portées nombreuses, maturité précoce),
• forte intelligence et capacité d’apprentissage,
• absence de prédateurs naturels efficaces dans nos territoires.
La ville, contrairement aux apparences, lui offre aujourd’hui sécurité et abondance.
2. Une nourriture facile et permanente
En milieu urbain et périurbain, le sanglier trouve :
• déchets alimentaires,
• composts, jardins, potagers,
• cultures périphériques (maïs, céréales),
• espaces verts peu ou pas protégés.
La ressource y est plus stable qu’en forêt, surtout en période de disette.
3. Des zones refuges inviolables
Dans le département de la Vienne, à Poitiers et dans les communes limitrophes, on retrouve typiquement :
• zones pavillonnaires,
• friches,
• bords de voies ferrées et de routes à grande circulation,
• Aérodrome,
• zones industrielles,
• parcs urbains.
• …
Ces secteurs sont peu ou pas chassables, devenant de véritables sanctuaires biologiques.
4. Une pression de chasse inadaptée
Depuis 15 à 20 ans :
• restrictions accrues,
• morcellement des territoires,
• pression sociétale anti-chasse en zone périurbaine,
• refus ou lourdeur administrative pour les battues ciblées.
Résultat : la régulation n’est plus efficace là où elle serait la plus nécessaire.
Mon rôle d’alerte a été ignoré (un cas malheureusement fréquent)
Mon témoignage d’ancien président d’ACCA, resté administrateur, est révélateur. J’ai :
• anticipé la dynamique de population,
• alerté sur les dégâts agricoles et urbains, ainsi que
• signalé la progression vers les zones habitées,
• informé sur les accidents routiers de plus en plus nombreux
Et pourtant :
• Préfet,
• Direction départementale des territoires,
• commune,
• Fédération des chasseurs
n’ont toujours pas pris la mesure du problème .
Ce manque d’écoute des acteurs de terrain est l’une des causes structurelles de la situation actuelle.
Pourquoi la situation est désormais critique
On observe aujourd’hui :
• dégâts agricoles massifs,
• accidents de la route,
• intrusions dans les zones habitées,
• risques sanitaires,
• perte d’acceptabilité sociale de la chasse… alors même que son rôle de régulation est indispensable.
Ironiquement, plus on empêche l’action cynégétique raisonnée, plus le sanglier s’installe durablement en ville.
Conclusion
Ce que je décris n’est ni une fatalité ni un hasard :
• c’est le résultat de choix politiques et administratifs tardifs,
• d’une déconnexion entre décideurs et terrain,
• et d’une sous-estimation chronique des capacités adaptatives du sanglier.
La démission de mon poste de président, faute d’avoir été entendu, est malheureusement symptomatique d’un système qui préfère gérer la crise après coup, plutôt que prévenir.
Et la présence du loup?
Personnellement je trouve que depuis que le loup est implanté, les sangliers se sont rapprochés des villes au détriment des forêts et montagnes .
C’est ahurissant ! À Montpellier,mon amie les a photographiés entrain de se reposer en bas de son immeuble ! Moi-même les ai vu de chez elle,cet été,se balader en bandes!!!!
Vous expliquez parfaitement le phénomène. Je demeure dans le Var dans une commune d’environ 3900 hectares. Nous chassons sur environ 2000 hectares, sur le reste, ce sont des friches où l’habitat est dispersé. Par contre, il y a un problème que vous de décrivez pas, c’est le nourrissage par les particuliers. Je connais 3 points où les sangliers sont nourris et je ne patrouille pas partout dans la zone urbanisée, c’est le travail de L’OFB puisque c’est interdit. Sur un point, il y a parfois 30 sangliers à attendre la denrée. C’est connu de tout le monde. Il y a quelques semaines, nous nous sommes approchés de la zone pour faire une battue et tenter d’en prélever et les repousser, nous nous sommes fait pourrir par les riverains. L’OFB n’intervient pas, est-ce qu’au moins les agents s’en inquiète, j’en doute. Alors, gardez vos sangliers, si ça ne change pas et que l’on continue à nous mettre la pression, je vais raccrocher.