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Un éleveur condamné à 5 ans de prison après avoir blessé un cambrioleur, chronique d’une ruralité désabusée

La cour d’assises de la Marne a condamné Jean-Louis Leroux, jeudi 24 septembre, à cinq ans de prison, dont quatre avec sursis. L’année ferme sera exécutée sous bracelet électronique. En 2020, cet éleveur avait grièvement blessé un jeune homme venu voler du carburant sur son exploitation. Le verdict sanctionne un tir aux conséquences dramatiques, mais l’affaire raconte aussi l’exaspération d’un agriculteur confronté depuis des années à des vols répétés.

Dans la nuit du 31 janvier au 1er février 2020, une alerte intrusion réveille Jean-Louis Leroux. Sur les images de surveillance de sa ferme d’Ambrières, dans la Marne, il distingue trois silhouettes. Des hommes sont venus siphonner le carburant de ses tracteurs. L’éleveur prévient les gendarmes, appelle son frère et se rend sur place avec un fusil. Les trois hommes prennent la fuite. Un premier coup part vers le sol ; le second atteint Diego H., alors âgé de 19 ans, à l’abdomen. Le jeune homme survit, mais conserve de lourdes séquelles.

Ce drame n’est pas survenu sur une exploitation qui découvrait les vols. Dès février 2020, Chasse Passion rapportait que Jean-Louis Leroux avait déposé une trentaine de plaintes pour des vols et des intrusions. À l’Assemblée nationale, le député Charles de Courson évoquait, lui, plus de cinquante cambriolages en cinq ans, dont quatre depuis le début de l’année 2020. Ces chiffres proviennent de déclarations faites à l’époque ; ils disent, au minimum, combien les faits répétés pesaient déjà sur la vie de cet agriculteur.

Une ferme que l’éleveur a dû gérer à distance

L’affaire a eu une autre conséquence, moins connue : après sa remise en liberté en février 2020, Jean-Louis Leroux n’avait plus le droit de retourner dans la Marne dans le cadre de son contrôle judiciaire. Cette interdiction l’empêchait donc de revenir sur son exploitation d’Ambrières. En avril de la même année, Le Parisien rapportait qu’il gérait sa ferme à distance, vivait chez sa sœur et travaillait sur une autre exploitation.

Pour le monde rural, c’est une dimension essentielle du dossier. Un vol de carburant ne représente pas seulement quelques litres disparus : il touche l’outil de travail, impose des démarches et nourrit l’inquiétude de retrouver, une nuit encore, quelqu’un dans la cour de la ferme. À Ambrières, cette accumulation avait conduit l’éleveur à installer un système de surveillance. Elle avait aussi suscité une mobilisation de la profession agricole après son placement en détention.

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La cour écarte la légitime défense

À l’issue du procès, les jurés ont reconnu Jean-Louis Leroux coupable de violences avec arme ayant entraîné une mutilation. Ils ont retenu une altération de son discernement au moment des faits, mais écarté la légitime défense. L’éleveur disait avoir agi sous l’effet de la peur et a exprimé ses regrets à Diego H. La gravité des blessures du jeune homme demeure au cœur de la décision : les vols subis auparavant n’autorisaient pas, aux yeux de la cour, un tir sur une personne qui s’enfuyait.

Les trois hommes venus voler le carburant ont également été reconnus coupables de tentative de vol en réunion. Ils ont reçu des peines de prison intégralement assorties du sursis….

Si le verdict paraît sévère, il ne fait nul doute que la justice ne peut laisser impuni le fait de tirer sur une personne. Néanmoins, les 50 cambriolages précédant ce drame n’ont, semble-t-il, pas interpellé outre mesure la cour, ce qui n’est évidemment pas le cas du monde rural. Comment ne pas se dire que cela devait arriver et comment ne pas exprimer une certaine amertume, voire lassitude, devant le laxisme permanent de la justice, littéralement submergée par les vols et cambriolages de ce genre chaque heure en France ?

À bien y regarder, que risquent les auteurs de ces faits ? Au pire, d’être blessés, voire tués ; dans le cas contraire, absolument rien… Le calcul est vite fait dans la tête de nombreux voyous. Les différentes lois visant à mieux protéger le monde agricole, comme celui de la chasse, ne semblent pas avoir endigué le phénomène. Car oui, et nous alertons depuis des années, un drame similaire pèse aujourd’hui sur le monde cynégétique. La multiplication des rendez-vous de chasse incendiés, des miradors sabotés, des altercations et autres menaces physiques et verbales sont le terreau d’un drame qui paraît inévitable.

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